Amélie Billard : du cross aux rectangles de dressage

Double Championne d'Europe Juniors, double Championne de France Juniors et Jeunes Cavaliers, Championne de France des 5 et 6 ans, Championne de France Pro 1, pré-sélectionnée pour les JO en 2004 : en 2011, Amélie Billard quittait le concours complet où elle connaissait pourtant ses plus grands succès. Depuis bientôt 10 ans, la trentenaire est désormais spécialisée en dressage et se consacre au coaching de ses élèves, au travail des chevaux de cavaliers comme Nicolas Touzaint ou Thomas Carlile, et à la poursuite de sa propre formation notamment aux côtés de  Gonçalo Carvalho. Direction le Maine et Loire, à la rencontre d'une cavalière qui se complet au dressage.


Jusqu'en 2011, c'est en concours complet que vous concourriez. Qu'est-ce qui alors motivait le choix de changer de discipline ?

Je suis née dans l'univers du concours complet. Mon père, ancien garde républicain, était cavalier de complet, il a ensuite créé un centre équestre. J'ai logiquement commencé dans cette discipline. Il était d'ailleurs mon coach, mon propriétaire et celui qui finançait mon activité. J'ai donc connu le haut niveau assez rapidement. En 2004, à 19 ans, j'ai décidé de me lancer à mon compte, ce qui m'a permis d'avoir aussi des résultats en jeunes chevaux. J'ai finalement fait l'acquisition d'une écurie en 2007, et, avec mon ex-mari, nous avons décidé de développer en parallèle une activité de débourrage et de pré-entraînement dans le milieu des nous tourner vers les chevaux de courses (car économiquement le créneau nous semblait porteur). Avec un peu de recul, je me suis finalement rendue compte que j'avais le dressage en moi, que j'avais fait du complet car c'était dans la culture et dans l'histoire familiale, que j'avais été bercée la dedans et qu'en plus les résultats étaient au rendez-vous. Petite, je me souviens m'être amusée à faire changer de pied avec mes poneys. Je suis très contente de ce que j'ai fait en complet, ça m'a beaucoup apporté mais c'est derrière moi. Aujourd'hui c'est au dressage que je me consacre.


Avec le recul, et avec les accidents dramatiques que connaît malheureusement parfois le complet, l'épreuve de dressage devrait-elle selon vous avoir plus d'importance ?


Je me suis déjà posée cette question. Le complet a déjà beaucoup évolué. Malgré ça, il y a encore des décès. Nous sommes dans une société qui demande de la sécurité, ce qu'on peut comprendre lorsqu'on voit de tels drames. Je ne sais donc pas ce que sera l'avenir de cette discipline. Je ne suis cependant pas certaine que les cavaliers de complet aient envie que l'épreuve de dressage prenne plus d'importance, car, si le cross est plus simple, tout se jouera au dressage et au CSO. A mon époque, il y avait toujours de la place quand on voulait engager. Aujourd'hui, quelques minutes après l'ouverture des engagements, les épreuves sont déjà pleines. Je pense qu'on peut en déduire que le complet se porte tout de même plutôt bien.


Que vous apporte, selon vous, au sens large, l'expérience du complet pour le dressage pur ?

Je dirais le complet et les courses, car ces deux disciplines m'ont beaucoup apporté  dans mon approche des chevaux, des étapes d'apprentissage, du débourrage, à ne pas s'enfermer uniquement dans un manège, à privilégier l'extérieur... Les professionnels des courses m'ont aussi appris énormément sur la santé des chevaux, à détecter ce que le cheval nous dit mais qu'on entend pas toujours. Je pense que ces 2 expériences m'ont permis d'avoir une connaissance du cheval qui soit pluri-disciplinaire.

Techniquement, comment avez-vous abordé la transition entre le complet et le dressage disciplines ?

Il a fallu que j’apprenne à aller plus loin dans mes exigences, à chercher davantage dans le fond des choses. Le plus compliqué a été de trouver le bon coach ; le bon cheval, pour pouvoir évoluer et me consacrer au dressage. J'ai commencé à travailler avec un ancien écuyer du Cadre Noir, j'ai aussi participé à des stages avec Jan Bemelmans. Désormais, je tente d'aller de temps en temps au Portugal, chez Gonçalo Carvalho (qui participait avec son lusitanien Rubi aux JEM de Lexington, aux Championnats d'Europe de Rotterdam et Herning et aux JO de Londres), qui m' a fait travailler sur ces chevaux et sur les mouvements du Grand Prix. Pour savoir faire, il faut apprendre avec des chevaux dressés et continuer de se former, à écouter, à regarder ce qu'il se fait partout, pour piocher ici et là ce dont on a besoin.


Les difficultés matérielles, financières rencontrées par les jeunes professionnels du complet sont-elles les mêmes que pour les jeunes professionnels du dressage ?

Il y a des problématiques identiques : le soutien financier et la qualité des installations notamment. En complet, l'investissement est peut-être un peu plus important car il faudrait en plus une piste de galop. En dressage on peut peut-être se permettre de faire moins de concours et de davantage travailler à la maison. En concours complet il faut idéalement sortir dans les trois disciplines, faire des parcours de cross différents pour que les chevaux apprennent leur métier. Dans une discipline ou dans l'autre, le quotidien est parfois difficile et demande beaucoup de sacrifices.

En 2017 vous avez publié votre premier livre aux éditions Belin intitulé « Apprendre à éduquer son cheval ». Ce travail écrit vous a-t-il permis d'aborder différemment votre technique et votre enseignement ?

Non, car c'est un projet qui a mis 5 ans à naître. Ce livre m'a permis de conceptualiser ma méthode, de concrétiser mes pensées. Le but était de faire partager à ceux qui peuvent ou qui ont envie d'y être sensibles, ma vision du cheval. Je n'ai rien inventé, c'est un mélange de toutes mes expériences dont est née ma méthode d'apprentissage, une synthèse de mon parcours justement pluri-disciplinaire, et un rassemblement de l'équitation classique et éthologique. Et que mon approche du cheval, correspond aussi bien à un cheval de saut d'obstacles, qu'à un cheval de dressage pur, aux cavaliers amateurs qu'aux cavaliers professionnels.

Vous avez eu l'opportunité de travailler de Thomas Carlile et plus récemment ceux de Nicolas Touzaint. Le travail inter disciplines est-il selon vous source de progrès et d'enrichissements partagés ?


A mon sens, c'est une richesse. Aujourd'hui,je souhaite aller plus loin, avec les cavaliers de complet. Avec Nicolas, nous avons longtemps été concurrents lorsque nous étions plus jeunes. C'est donc sympa d'aujourd'hui de pouvoir travailler ensemble. Nous avons depuis chacun eu nos expériences, nos trajectoires. C'est en tous cas une reconnaissance, et je le prends comme une preuve de confiance que de tels cavaliers croient en la qualité de mon travail pour leurs chevaux de haut niveau. Ils m'apportent également chacun, beaucoup de leurs côtés, Nicolas est quelqu'un de humble et dans l'échange, et Thomas ne doute pas beaucoup, est positif... Une énergie toujours bonne à prendre.


crédit photo : coll privée

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