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Nicole Favereau : la polémique sur le rollkur a-t-elle toujours lieu d’être ?



Il y a déjà presque 20 ans, l’utilisation du rollkur envahissait le dressage international. Alors considéré comme une technique d’entraînement révolutionnaire, souvent utilisée par les meilleurs cavaliers hollandais, qui, à cette époque tenaient le haut du pavé et se dressaient fièrement comme les adversaires les plus dangereux de l’équipe allemande, le rollkur déchaînait à l'époque les chroniques et les levées de boucliers de certains des meilleurs entraîneurs du monde, notamment ceux de la fameuse « Mannschaft ».


Le rollkur ou hyperflexion de l'encolure est une technique de travail qui permet d’obtenir un degré de flexion longitudinale très important qui ne peut être maintenue par le cheval pendant une période prolongée sous peine de graves dommages physiques et psychologiques. En effet, la compression des voies respiratoires et la forte réduction du champ visuel provoqués par cette pseudo attitude créée stress et contractions, d’autant qu’elle est le plus souvent obtenue par une action de main coercitive.


La Fédération Équestre Internationale a donc été contrainte de légiférer sur le sujet et l’utilisation de la rollkur est désormais interdite en détente de compétitions. Les stewards ont maintenant l’obligation de délivrer un carton jaune aux cavaliers qui font preuve de maltraitance à l’égard de leur cheval. Seules 10mn de travail bas et rond sont autorisées lors de la détente.


Même si cette technique n’est plus aussi largement utilisée, vraisemblablement suite aux différentes études réalisées par des vétérinaires tels Gerd Heuschmann (Dressage moderne un jeu de massacre) ou Christine Aurich, la polémique sur les réseaux sociaux continue de susciter le débat. Certains adeptes prônent les effets bénéfiques du travail bas et rond (LDR : low deep and round) et ils ont certainement raison si on ajoute à ces termes des précisions non négligeables comme la manière dont cette attitude doit être obtenue, sur quels types de chevaux , à quels moments de la séance, à quel moment de leur progression, pour obtenir quoi, combien de temps…


Dans la mesure où le cavalier est respectueux de son cheval, qu’il est capable de déterminer ce qu’il attend de lui et qu’il sait obtenir cette attitude sans utiliser la force parce qu’il maîtrise parfaitement la propulsion et la mise en main, alors il peut tout à fait utiliser le travail bas et rond lors de son entraînement notamment pendant l’échauffement et en récupération active en guise de stretching mais aussi entre les périodes de travail qui réclament une forte dépense physique et/ou mentale. En revanche, la systématisation ou l’excès de travail dans cette attitude peut avoir, tout comme le rollkur, des effets délétères.

Tous les cavaliers et entraîneurs expérimentés, quelle que soit leur sensibilité (école française, allemande, espagnole…) ainsi que les vétérinaires (JM Denoix) s’accordent sur le fait que l’extension de la ligne du dessus permet de la décontracter et favorise la contraction utile de la ligne du dessous (abdominaux). Lors des reprises officielles de dressage, on demande également à ce que le cavalier laisse filer les rênes sur quelques foulées afin de vérifier la perméabilité du contact et de la ligne du dessus, car, le plus facile pour obtenir cet étirement des muscles du dos est de jouer sur l’extension ainsi que l’abaissement raisonnable et contrôlé de l’encolure. On sait également qu’un cheval monté dans une encolure haute a toutes les chances de travailler le dos creux et contracté, le ventre bas et les postérieurs qui s’éloignent du centre de gravité, sauf si le relèvement de l’encolure est obtenu par l’engagement des postérieurs sous la masse sur un dos souple et tonique.

Les dérives observées chez certains cavaliers concernent surtout le procédé utilisé pour faire monter le dos de leur monture. En effet, l’hyperflexion de l’encolure obtenue pas le recul de la main provoque le relèvement du dos (c’est l’argument employé pour légitimer la méthode) mais éloigne les postérieurs, et au lieu de favoriser l’équilibre, aurait plutôt tendance à transférer du poids sur l’avant main.


L’équitation sans contact souvent nommée « de légèreté », qui favorise l’équilibre et le rassembler sans une réelle propulsion, ne trouve plus sa place dans l’équitation sportive actuelle. C’est aussi une des raisons pour lesquelles beaucoup d’adeptes de cette équitation sont de farouches opposant à la compétition.


L’amélioration de l’élevage a fait évoluer la discipline et les chevaux actuels n’ont plus rien à voir avec ceux de nos ainés. Le modèle, les allures, la force et l’énergie des meilleurs spécimen permettent aux cavaliers d’aujourd’hui de présenter des reprises très dynamiques avec des passages, piaffers et pirouettes remarquables. En revanche l’investissement physique du cavalier tient aujourd’hui plus du sport que de l’art.


Alors la polémique Rollkur a-t-elle toujours lieu d’être ?


Si on regarde les épreuves internationales aujourd’hui, on peut tout de même observer que l’attitude des chevaux a évolué dans le bon sens ; un constat qui va certainement se poursuivre car les associations de protection des animaux ont une influence grandissante sur les décisions prises par la FEI


Il y aura évidemment toujours des détracteurs de la compétition qui opposeront le dressage classique et le sport. D’autres, par méconnaissance de la biomécanique et physiologie du cheval de sport ne manqueront pas de faire des amalgames entre le rollkur et le travail sur une encolure ronde, des juges insuffisamment formés sanctionneront les chevaux légèrement enfermés et souples et non les chevaux ouverts et contractés, des journalistes à l’affût sélectionneront la photo scandaleuse prise au mauvais moment pour discréditer un cavalier (on a tous des photos dont nous ne sommes pas fiers)…


La discussion ne pourra donc évoluer que si tout le monde œuvre pour appliquer des procédés basés sur la biomécanique et la psychophysiologie, sans oublier l’héritage équestre que nous avons reçu. Chacun doit essayer de comprendre les autres cavaliers et les choix qu’ils opèrent tant qu’ils restent respectueux des chevaux.


L'attitude du cheval au travail doit donc varier pour effectuer une vraie gymnastique de la ligne du dessus et construire son cheval en s’appuyant sur les principes de l’échelle de progression qui devraient garantir des fondations solides pour un avenir radieux que l’on pratique ou non la compétition.


Nicole Favereau


Cavalière de haut niveau, enseignante, membre de l'équipe de France de dressage, 3 fois vainqueur du Grand National de la FFE, présélectionnée pour les JO de Rio et réserviste des Championnats d'Europe de Göteborg, Nicole Favereau propose depuis quelques mois une nouvelle solution de coaching à distance : E-Riding Solutions, l'entrainement nouvelle génération !


photo : pixabay/illustrations : DR

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