Nicole Favereau : enseigner pour progresser

Cavalière internationale, membre de l'équipe de France, enseignante, triple vainqueur du Grand National de la FFE, mais aussi créatrice d'E-Riding Solutions, le concept qui permet aux cavaliers de trouver une méthode d'entraînement à domicile leur permettant d'optimiser leurs performances grâce à de simples échanges vidéos, Nicole Favereau nous explique en quoi enseigner fait aussi progresser.

Vous l’avez peut-être remarqué en donnant une formation ou un entraînement, quelle que soit la discipline, apprendre, avec pour objectif de transmettre ce savoir à d’autres nous responsabilise et nous motive beaucoup plus. En tant qu’enseignants, nous sommes confrontés à d’autres méthodes de pensées, à d’autres besoins, ce qui nous pousse à maîtriser toutes les facettes de la compétence. Nous nous serions peut-être limités aux techniques ou connaissances requises pour accomplir notre pratique si nous n’avions pas à transmettre ce que nous savons. Mais la connaissance et la maîtrise du savoir à enseigner ne sont pas les seules pistes pour progresser.


Qu'est-ce que j’apprends lorsque j’enseigne ?


Si l'enseignant ne fait qu'apporter des solutions aux élèves à des problèmes qui ne les concernent pas, alors il ne peut rien apprendre de plus qu'il ne sait déjà. Il s'éteint peu à peu dans une routine intellectuelle et dans sa pratique.

Se demander si les élèves sont utiles à la progression de l'enseignant pose un défi à la réflexion pédagogique :


Qu'est-ce que je gagne intellectuellement à enseigner ?


Enseigner est une activité qui apprend à… transmettre. Mais cela me donne un savoir-faire qui n'est utile que dans l'enseignement et donc qui ne m'apprend rien en dehors de cette pratique. La connaissance de mon champ de « savoir à enseigner » n'est pas corrélée à mon enseignement mais avec ma recherche. Nous distinguons recherche et enseignement comme deux activités distinctes où l'une est la relation directe d'un sujet avec un champ de savoir, et l'autre une relation entre l’enseignant et l’apprenant .Dans la relation d'enseignement, le savoir est un contenu, un ensemble d'idées, de définitions… Alors que dans la relation de recherche, le processus est dynamique et les idées sont des hypothèses, les définitions sont à construire, et les théories sont cesse appelées à s'aiguiser davantage. De ce constat, nous formulerons les exigences pédagogiques dans le but que l’enseignant puisse également s’enrichir intellectuellement. Les problèmes sont le produit d'une interaction entre l'individu, son cheval et le milieu. Ces problèmes sont toujours propres à un couple identifié et donc l'élève ne s'intéressera pleinement qu'à ses problèmes. On envisagera donc un enseignement dynamique servant à construire une façon de résoudre des problèmes sachant que les problèmes rencontrés par le couple sont de toutes sortes (attitude, fonctionnement, répertoire technique…)L’erreur consisterait à essayer de les résoudre dans un premier temps, par la recherche d'une solution unique, alors que la formulation de plusieurs hypothèses concurrentielles ouvrira de multiples possibilités pour résoudre les problèmes. Les hypothèses sont des suggestions qui s'affineront peu à peu par le travail et l’expérimentation pour en choisir une parmi les autres car plus en adéquation avec le problème à résoudre. Elle se traduit par une ouverture sur deux possibilités. Soit l'hypothèse testée n'a pas permis de résoudre le problème et dans ce cas il faut en sélectionner une autre tout en sachant que chaque hypothèse testée permet d'éclairer d'une nouvelle façon le problème et permet de concevoir de nouvelles hypothèses. Soit l'hypothèse expérimentée résout pleinement le problème car les résultats espérés sont obtenus. Il s’agit donc d’opposer l’enseignement, centré sur la transmission d’un contenu à un autre basé sur la transmission d’une méthode et ainsi ne pas forcement proposer des solutions aux élèves mais les aider dans leur recherche de résolution de leurs problèmes en les responsabilisant et en les rendant plus autonomes. Nous nous opposons peut-être ici à la pratique courante observée au sein de la profession, mais nous sommes enclins à penser qu'une connaissance que l'élève aurait apprise sans avoir besoin de la rechercher est, au pire une information inutile ou au mieux une information condamnée à être oubliée rapidement. C'est la démarche de l’hypothèse et le problème que celle-ci résout qui donnent de la valeur à une connaissance et la pérennise.


Enseigner, c'est donc permettre à autrui de réfléchir sur sa pratique. L'enseignant n'est pas alors menacé par l'essoufflement de ne plus rien découvrir car il ne transmet plus des certitudes ou des doctrines qui lui sont propres ou qu’il a acquises autrefois. En effet dans ce schéma toute théorie ou principe conserve un statut hypothétique. La validité d'une connaissance va dépendre de son expérimentation (ça fonctionne ou ça ne fonctionne pas). Cela rend incontournable une pédagogie de l'apprentissage par erreur ou l'enseignant doit développer chez l'élève la capacité d'apprendre de ses erreurs, de s'améliorer, d'ajuster ses connaissances aux variations de la situation. En un mot, développer une intelligence de situation où rien ne peut être considéré comme vrai avant son expérimentation, est un des objectifs de notre pratique d’enseignant.


Plus d'infos sur E-Riding Solutions ICI


crédit photo : DR

GIF-dressprod-HDLG.gif
31.gif
encard.jpg

CHEVAUX DE DRESSAGE A VENDRE

Tarif annonce : 15€ / le trimestre

également dans l'actu

# Suivez-nous

Instagram-orange-.png

© Dressprod 2020