Thomas Bobis : apprendre à former des chevaux du débourrage au Grand Prix de façon intègre


Vice-Champion de France Jeunes Cavaliers en 2015, membre de l'équipe de France des Championnats d'Europe Jeunes Cavaliers de Vidauban et Olivia avec Woodstock de la Guiche, Thomas Bobis quittait finalement la France en septembre 2018 pour rejoindre les écuries Eilberg en Angleterre : une grande famille du dressage britannique. Rencontre avec un cavalier qui a décidé de se former et désormais d'écrire sa carrière à l'étranger.


-Pour quelles raisons et comment avez-vous pris la décision de partir en Angleterre plutôt qu'en Allemagne ou aux Pays Bas ?


Lorsque j'ai arrêté mes études d'ingénieur pour démarrer ma première expérience professionnelle en tant que cavalier en France, je me suis rapidement rendu compte que ma perception de ce métier était très différente de la réalité, j'étais un peu candide. Mais bien que cette expérience me laisse quelques souvenirs douloureux, elle m'a aidé à me poser les bonnes questions sur qui j'avais envie d'être et comment je souhaitais le devenir. Je sentais qu'il me manquait quelque chose pour construire une carrière durable et ne pas seulement être le cavalier du moment : un mentor.


Avant tout amoureux des chevaux, j'ai toujours considéré le dressage comme un sport technique, mais aussi vecteur d'émotions. C'est pour cette raison que j'ai été attiré naturellement par l'équitation anglaise, qui à mes yeux, propose une alliance parfaite entre technique et ressenti. Évidemment, plusieurs cavaliers dans différents pays ont la même approche, mais en Angleterre, c'est culturel. La pratique de l'équitation est ici populaire et presque naturelle, elle n'a rien d'élitiste. Tous les grands cavaliers anglais ont vécu leur première expérience équestre avec le poney familial ou celui du voisin, monter à cheval est une activité d'extérieur avant d’être un sport, et le cheval un animal de compagnie. Ça parait être un détail mais au contraire l'impact est énorme sur la place accordée au cheval et à son mode de vie, il devient un cheval - sujet et non un cheval - objet. Cela ne veut pas dire non plus qu'il n'y a pas de place pour la rigueur et le travail, bien au contraire, mais simplement que le cheval doit pouvoir exister en tant qu'être sensible pour adhérer à ce qu'il fait et donner le meilleur de lui même dans un environnement positif et respectueux de sa nature.


Après avoir quitté mon poste et pris le temps de la réflexion, c'est avec le soutien de ma compagne Manon et d'une amie que je me suis décidé à franchir le pas en prenant contact avec plusieurs cavaliers anglais dont la famille Eilberg, qui m'a proposé d'effectuer une semaine d'essai début août 2018. J'ai finalement posé mes valises moins d'un mois après pour commencer ma formation et Manon m'a rejoint quelques mois plus tard.


-Quel était alors votre objectif ?


Mon objectif était de sortir de ma zone de confort et d'aller me mettre en danger en me confrontant à ce qui est pour moi la proposition la plus aboutie du dressage moderne, à savoir un jeu de vase communicant qui passe subtilement de technique à ressenti, l'équilibre étant dans le ET non dans le OU. Je souhaitais apprendre de ceux que j'admire le plus. Il me fallait me libérer de certains de mes automatismes qui m’empêchaient de passer un cap dans mon équitation pour apprendre à former des chevaux du débourrage au Grand Prix de façon intègre, car ressentir est aussi une technique. En effet, il faut apprendre à écouter, analyser et apporter la bonne réponse avec pour objectif que cet échange soit invisible lorsque le lien cheval / cavalier devient profond, serein et personnel. Cet objectif est celui d'une vie. Je ne pouvais envisager une carrière professionnelle dans une discipline où la magie réside dans le fait qu'elle se pratique avec un animal s'il fallait retirer du cheval toute son animalité au profit d'une exécution technique et mécanique de mouvements dans la soumission. Même si s'est très important pour moi, j'étais prêt à mettre entre parenthèses les compétitions pour mettre l'accent sur l'apprentissage. D'ailleurs, au départ il n'était pas forcément question que je sorte les chevaux en compétitions, mais uniquement que je les travaille à la maison. Je me suis rapidement aperçu que je n'étais effectivement pas prêt, que malgré toute mon expérience passée, j'étais bien loin de pouvoir demander à ces chevaux de me donner leur maximum en compétition. Cela a été difficile et a suscité beaucoup de remise en question et parfois même de doutes, mais je n'ai pas baissé les bras et cela a porté ses fruits.


-En quoi la famille Eilberg vous permet elle d’évoluer ?


Les Eilberg sont des amoureux des chevaux qui évoluent au plus haut niveau depuis de nombreuses années et leur réputation est établie. Ils sont par ailleurs extrêmement accessibles et simples. Avec eux, j'ai d'abord appris à être humble face aux chevaux et à m'ouvrir plus à eux. Ensuite, j'ai la chance de profiter tous les jours de leurs conseils qui sont toujours précis, pertinents et clairs sur des chevaux de tous âges et de différents niveaux. Les Eilberg sont capables de transformer un cheval "ordinaire" en un cheval qui dégage quelque chose de spécial et ils s'attachent à me transmettre ce savoir faire avec passion. Il m'ont confié certains chevaux au travail et en compétition en me laissant de l'autonomie tout en étant présents si besoin. Les Eilberg sont par ailleurs éleveurs et produisent un petit nombre de chevaux par an. Je participe donc à l'éducation des poulains et gère le débourrage et le travail des jeunes chevaux. Ils m'ont également introduit auprès des autres professionnels anglais et des différents acteurs du monde du dressage de ce pays. Les Eilberg ont vraiment à cœur de me transmettre leur connaissances pour m'aider à préparer la suite de ma carrière, ils sont de vrais mentors.


-Quelles différences observez vous avec la France ? En quoi le système diffère t il ?


Comme je l'ai évoqué précédemment, la culture est ici très différente. Ceci impact grandement le système, le dressage est très soutenu et suivi que ce soit par les instances fédérales qui ont d'ailleurs un bureau dédié, la presse spécialisée et les cavaliers amateurs en général. La communication est qualitative et le dressage attire beaucoup de monde, notamment lors des Championnats d'Angleterre durant lesquels les gradins sont toujours pleins alors même que l'entrée est payante. Cela se ressent également sur le terrain de l'économie car il y a un fort soutien des particuliers dans le dressage professionnel. Beaucoup de chevaux sont achetés en « sharing » entre professionnels, mais surtout entre un professionnel et un ou plusieurs particuliers, parfois cavaliers, le plus souvent juste amoureux des chevaux. C'est ce qui permet aux professionnels de financer et de garder leurs chevaux. En France malheureusement, il n'y pas le même engouement pour la discipline qui est souvent considérée comme ennuyeuse par les non initiés. Les capitaux sont donc moins importants et souvent dirigés vers les plus visibles, ce qui restreint d'autant plus le cercle des personnes pouvant être compétitifs et fragilise l'ensemble de la filière.


La synergie et la cohésion entre la Fédération, les cavaliers, entraîneurs, éleveurs et juges est également très importante. Aussi de nombreux événements, rencontres, clinics, groupes de travail sont organisés pour faire évoluer la discipline. Les anglais sont des gens pragmatiques qui n'hésitent pas à travailler ensemble pour faire avancer leur pays et aller plus haut en tant que Nation. Il y une forte solidarité entre professionnels et une volonté d'aider les plus jeunes à apprendre et à se lancer pour assurer la relève. En France il est déjà si difficile d'être compétitif à haut niveau tout en restant économiquement viable que la transmission et l'entraide passent au second plan.


La formation des jeunes chevaux est également différente. Les anglais démarrent les chevaux plus tardivement, vers l'âge de 4 ans. Le cycle jeunes chevaux n'est pas le même, les épreuves étant plus faciles que les épreuves FEI avec une finale à nombre très restreint où un cavalier étranger vient essayer et donner ses impressions sur les chevaux. Les anglais ne sont d'ailleurs pas férus des Championnats du Monde des jeunes chevaux, il est du reste rare de trouver ici des chevaux qui correspondent aux standards du WBFSH. L'objectif dans la préparation des chevaux quel que soit leur âge est de ne jamais les mettre dans la difficulté, de ne jamais leur faire exécuter quelque chose pour lequel ils ne sont pas prêts physiquement et mentalement, au risque d'engendrer un mauvais apprentissage souvent difficile à corriger, de la frustration et de la négativité. C'est pour ça que tous les niveaux d'épreuves sont accessibles à tous les cavaliers, professionnels ou amateurs, et à tous les chevaux quel que soit leur âge. En France les professionnels ont accès à un nombre très limité d'épreuves. Chaque cheval doit rentrer dans le parcours imposé sous peine de ne pas pouvoir être compétitif avant d'atteindre le bon niveau d'avancement. Ça ne permet pas à mon sens préparer les chevaux au mieux en respectant leur rythme d'apprentissage et leur intégrité physique tout en rendant la tache des professionnels plus difficile dans leur travail de valorisation notamment.


-Quelles sont aujourd'hui vos activités et vos projet ?


Mon activité principale est toujours d'être cavalier pour les Eilberg qui me donnent de plus en plus de responsabilités et de chevaux au travail. Je suis actuellement en charge d'un barn de 8 chevaux et monte en moyenne 5-6 chevaux par jour en parallèle du débourrage de 5 jeunes chevaux de 4 ans. Je monte aussi bien des chevaux que les Eilberg me confient au travail que les chevaux de Michael sous sa supervision. De plus, je commence à préparer l'avenir en développant mon propre business.


Tout d'abord je supervise le travail et l'évolution des chevaux d'un élevage et donne des cours à leur cavalière maison. C'est une activité que je souhaite développer avec d'autres clients.


Nous avons également lancé récemment avec Manon une activité de conseil et d'intermédiation à l'acquisition de chevaux. Notre initiative, Smart Move Dressage, s'adresse à des amateurs et professionnels français qui sont attirés par l'approche anglaise du dressage et cherchent à acheter des chevaux sur des critères qualitatifs et éthiques en Angleterre suivant une démarche transparente et professionnelle.


Je m’intéresse également aux nouvelles solutions d' « e.riding » qui bien que ne pouvant pas totalement remplacer la présence physique d'un entraîneur, peuvent permettre de diversifier les approches et offrir plus de flexibilité voir d'autonomie aux cavaliers. J'aimerais à l'avenir proposer ce type d'encadrement notamment aux clients qui nous ont fait confiance pour l'acquisition de leur chevaux.


-Ou et comment envisagez vous désormais votre avenir ?


Le présent comme l'avenir sont indissociables de ma collaboration avec les Eilberg ici en Angleterre où j'ai trouvé mon équilibre. J'ai encore beaucoup de choses à apprendre et il est certain que le futur sera consacré au travail avec ces personnes qui m'ont fait confiance et qui m'aident à devenir le cavalier que je souhaite. Je ne veux pas brûler les étapes ou faire des plans sur la comète mais plutôt continuer à construire une carrière qui me ressemble en m'enrichissant des rencontres et des opportunités. Comme avec les chevaux, chaque chose en son temps.


crédit photo : DR

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