Nicole Favereau : l'erreur comme source de progrès

Cavalière internationale, membre de l'équipe de France, enseignante, triple vainqueur du Grand National de la FFE, mais aussi créatrice d'E-Riding Solutions, le concept qui permet aux cavaliers de trouver une méthode d'entraînement à domicile leur permettant d'optimiser leurs performances grâce à de simples échanges vidéos, Nicole Favereau nous explique en quoi commettre des erreurs permet un cavalier de progresser.


La conception de l’apprentissage a évolué au cours du temps et a donc, avec elle, modifié le statut de l’erreur.



Dans le système éducatif, se tromper est rarement vu de manière positive. L’élève qui se trompe, qui est dans l’erreur, est un « mauvais » élève voire un « anti doué ». Le « bon » élève est au contraire celui qui ne se trompe pas et qui réussi à chaque fois. Cette conception négative de l’erreur dans l’apprentissage va de pair avec une vision positive de la réussite. Pourtant, les dernières recherches en neurosciences ont montré que le cerveau apprend grâce à l’erreur : « le cerveau humain passe son temps à chercher à prédire des régularités du monde qui l’entoure et à comparer ces prédictions avec les observations issues de l’environnement.(H.Gros) »


La prédiction est une activité essentielle et irrépressible du cerveau humain dès le plus jeune âge et notre cerveau apprend de ses erreurs de prédiction, il les détecte de lui-même ou par un retour d’information de l’environnement ou de l’entourage : c’est ainsi que les connaissances sont “mises à jour”.


L’apprentissage repose donc sur des écarts par rapport aux attentes. Un cerveau qui ne commet aucune erreur de prédiction n’apprend pas. L’erreur a donc toute sa place dans les processus d’apprentissage : « un cerveau performant est un cerveau qui fait des erreurs puis qui s’adapte. L’erreur est formatrice, et non un simple manquement par rapport à une norme.( H Gros) ».

Les différents types d’erreurs :


- les erreurs fondées sur les règles

Elles consistent en de mauvaises applications de règles dans la résolution d'un problème.



- les erreurs fondées sur les connaissances

Elles consistent en un mauvais usage des connaissances dans la résolution d'un problème.



- les erreurs fondées sur les automatismes (ce que l’on appelle des ratés)

Ces ratés surviennent quand on accorde trop d'attention à un processus largement automatisé, où l'on opère des vérifications qui peuvent nuire au bon déroulement de l'action. Par exemple, penser à ce que font vos jambes lorsque vous descendez rapidement les escaliers vous amènera à trébucher et à rater une marche. De même, lorsque vous pensez à vos aides lorsque vous montez une ligne de changements de pieds rapprochés vous êtes quasiment sûr de faire une faute de compte, idem si vous êtes trop concentré sur la qualité du mouvement …. et hop, une erreur de tracé.

- les actions s'écartent de l'intention poursuivie, suite à des défaillances dans l'exécution (manque d'attention : mon cheval fait un écart et je ne sais plus finir ma cession à la jambe)


- application d'un automatisme inadéquat (appuyer sur la mauvaise touche : je pars au galop au lieu de partir en appuyer).

On ne peut s'apercevoir de ces dernières seulement dans l'action.

Jean Pierre Astolfi, universitaire français spécialiste de la question des apprentissages scolaires et de l'appropriation des savoirs par les élèves, distingue lui aussi plusieurs catégories d’erreurs :

  • des erreurs relevant de la compréhension des consignes. Exemple : partir au galop avant de passer le coin (et non dans le coin)

  • des erreurs résultant d’habitudes. Exemple : se jeter à l’intérieur pour changer de pied

  • des erreurs témoignant de conceptions ou représentations. Exemple : conception erronée de la légèreté (au détriment de la tension de la ligne du dessus)

  • des erreurs liées aux opérations intellectuelles impliquées. Exemple : repérage dans l’espace pour effectuer la serpentine

  • des erreurs portant sur les démarches adoptées. Exemple : faire le choix de ralentir alors qu’il aurait fallu résoudre le problème en avançant.

  • des erreurs liées à une charge cognitive trop importante. Exemple : réaliser un zig zag au galop en comptant les foulées

  • des erreurs ayant leur origine dans une autre discipline. Exemple : se pencher en avant en se soulevant de la selle au lieu de rester assis en se grandissant

  • des erreurs causées par la complexité du contenu. Exemple : travail du rassembler

L’apprentissage n’est donc pas un processus linéaire. Il passe par des essais, tâtonnements, erreurs, échecs… Il y a donc pour les élèves un droit à l’erreur qui doit être reconnu et pris en compte. Le travail sur l’erreur permet d’instaurer un climat de confiance dans lequel l’erreur n’est plus stigmatisée mais devient un matériau collectif pour la construction du savoir.

Dès lors que l’erreur est vue non pas comme un échec mais comme une information précieuse sur les processus mentaux en jeu chez l’élève : elle devient même une alliée pour les apprentissages.


Dans cette perspective, pour l’enseignant, l’erreur est généralement plus informative que la réponse exacte dans la mesure où il y a souvent une multiplicité d’erreurs possibles mais une seule réponse juste.


Pour l’élève, le retour réflexif sur l’erreur est une voie propice pour accéder à une meilleure compréhension de la notion étudiée. Par ce travail, il découvre aussi son propre fonctionnement et gagne en autonomie. Pour l’enseignant, l’exploitation de l’erreur est un instrument de régulation pédagogique. Elle permet de découvrir les démarches d’apprentissage des élèves, d’identifier leurs besoins, de différencier les approches pédagogiques, de les évaluer avec pertinence.

« L'erreur n'est pas l'ignorance, on ne se trompe pas sur ce qu'on ne connaît pas, on peut se tromper sur ce qu'on croit connaître. Un élève qui ne sait pas additionner ne fait pas d'erreurs d'addition et celui qui ne sait pas écrire ne commet pas de fautes d'orthographe. C'est une banalité. Toute erreur suppose et révèle un savoir. » André Scala (1995).


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