Nicole Favereau : l'apprentissage du cavalier, comment ça marche ?

Cavalière internationale, membre de l'équipe de France, enseignante, triple vainqueur du Grand National de la FFE, mais aussi créatrice d'E-Riding Solutions, le concept qui permet aux cavaliers de trouver une méthode d'entraînement à domicile leur permettant d'optimiser leurs performances grâce à de simples échanges vidéos, Nicole Favereau nous en dit un peu plus sur le processus d'apprentissage du cavalier.



Il m’arrive souvent d’entendre mes élèves dire qu’ils (ou que leurs chevaux) ne progressent pas assez vite, que telle ou telle difficulté qui pourtant leur semblait acquise, ne l’est pas et qu’ils ne comprennent pas pourquoi leur cheval recommence à faire cette faute qu’il ne faisait plus depuis longtemps. Il m’a donc semblé intéressant de faire un éclairage sur la manière dont se construisent les programmes moteurs responsables de notre compétence à cheval mais également dans tous les secteurs de la vie.


L’équitation peut être pratiquée comme un art, un loisir mais aussi comme une discipline sportive au même titre que de nombreuses autres activités physiques. A ce titre, elle est soumise à des procédés d’apprentissage même si à la différence du tennis ou du ski  «  l’outil » est un être vivant lui-même soumis à des apprentissages.


L’apprentissage moteur est un processus interne. Cela signifie que c’est un processus cognitif qui s'opère dans le système nerveux de celui qui apprend et qui permet à un élève de modifier son comportement chaque fois qu’il est confronté à une tâche vis-à-vis de laquelle il n’a pas encore de réponse adaptée (comme par exemple trotter enlevé ).Ce changement progressif doit être durable et engendre des possibilités de développement des habiletés motrices.


Mais qu’est ce qu’une habileté motrice ? 

Les exemples sont nombreux dans tous les sports : au basket, c'est mettre la balle dans le panier ; en natation, en athlétisme, c'est aller le plus vite possible ; en gymnastique, c'est reproduire fidèlement une forme gestuelle ; en équitation ces habiletés vont prendre différentes formes en fonction de la discipline pratiquée (effectuer un parcours sans incidents le plus rapidement possible, effectuer une reprise de dressage sans fautes,…). Sans l'atteinte de ces objectifs, il n'y a pas d'habileté.


Par habileté motrice (l'habileté sportive étant une sous-catégorie de celle-ci), on désigne habituellement le niveau de compétence ou de savoir-faire acquis par un pratiquant dans l'atteinte d'un but particulier.(comme par exemple : approcher les changements de pieds). C’est donc la capacité à atteindre un objectif de manière efficace mais aussi de manière efficiente c'est-à-dire économique en termes de dépense physique et de temps.


L’apprentissage c’est donc « j’apprends à faire ce que je ne sais pas faire. » pour arriver au contrôle moteur « je fais ce que je sais faire »


Le cavalier à l’instar de son cheval va donc développer des habiletés motrices diverses afin de devenir autonome et compétent(être capable de s’équilibrer sur son cheval pour gérer la vitesse et la direction).

Toutes les habiletés ne se ressemblent pas.


  • les habiletés techniques comme par exemple partir au galop sur le bon pied.


Une habileté technique se déroule dans un univers stable, prévisible ; le sujet n’a aucune décision à prendre, il réalise le geste prévu. Il n’y a pas ou peu d’incertitude.

  • les habiletés stratégiques comme par exemple choisir le bon tracé sur un parcours d’obstacle. Ce sont des habiletés où il y a des décisions à prendre au cours de la tache. Ceci est dû à la présence de partenaires et/ou d’adversaires ou tout simplement le fait de monter sur un être vivant qui entraîne de l’incertitude et donc une prise de décision.

Dans une même pratique et notamment en équitation il y aura des habiletés techniques et stratégiques. En effet, il faut maîtriser à la fois l’emploi des aides et le fonctionnement juste dans un mouvement mais également être capable de sélectionner une stratégie lorsque des éléments extérieurs ou liés à la soumission du cheval viennent perturber le bon déroulement de ce mouvement, comme par exemple attendre une foulée supplémentaire pour demander un changement de pied si on estime que le cheval n’est pas suffisamment prêt.


L’équitation est aussi une activité de type global et pas uniquement manipulatoire ; on ne se voit pas, on travaille sur les sensations, il n’y a pas ou peu de contrôle visuel. C’est aussi tout à la fois une habileté où l’on doit produire des formes gestuelles (voltige), et ou la validation de l’activité se fait par l’esthétique du geste mais également sur l’efficacité du geste (ligne de changements de pieds rapprochés). C’est donc une habileté extrêmement complexe qui nécessite le mouvement complet du corps

Mais comment apprend t’on ?

1.Le stade cognitif


Si on prend l’exemple du départ au galop sur le bon pied, le débutant est complètement absorbé par les aides à utiliser pour partir au galop, il ne sent pas que l’allure se dégrade ou que le cheval se met de travers et quand le cheval est parti,il ne sait pas s’il est parti sur le bon pied


Ce stade se caractérise par une intense activité cognitive c'est-à-dire que l’élève fait intervenir, les fonctions supérieures du cerveau : il s'agit de l'attention, de la mémoire, des fonctions exécutives, des fonctions visio-spatiales . C’est une période où le sujet ne fait que ça et ne peut pas faire autre chose que cette tâche qui l’accapare ; il identifie le but à atteindre, ses mouvements sont fragmentés et saccadés et la dépense attentionnelle est très élevée. Au début de l’apprentissage, les représentations sont donc orientées vers l’exécution séquentielle des habiletés motrices.

2.Le stade d’association :

A ce stade le cavalier est capable de reproduire plusieurs départs au galop sur le bon pied mais il ne sait qu’à postériori que le cheval est bien parti en le vérifiant par lui-même. La régularité des réponses traduit l'automatisation progressive des actions motrices.

Au fil de la pratique, l'autonomie du sujet se traduit par un moindre recours préalable au contrôle cognitif (j’ai moins besoin de réfléchir pour le faire) . Il apprend également à évaluer les résultats de son action sans un recours systématique aux informations en retour données par l'enseignant.

3.Le stade autonome :

Le cavalier sait au moment de l’exécution du départ que le cheval part sur le bon pied ou non et est capable d’adapter immédiatement son comportement pour valider un bon résultat.


Les processus sont automatisés. L’apprentissage débouche sur l’utilisation de plus en plus sélective et économique des muscles. L’efficience est donc le dernier stade, c’est ce qui entraîne l’habileté. Le contrôle attentionnel n’est plus nécessaire (la double tâche est possible : je peux changer d’allure et de direction en même temps). A la fin de l’apprentissage, les représentations sont plutôt constituées de plans tactiques ou encore d’images anticipatrices.

Conclusion :

A la lumière de ces indications, il faut donc comprendre et accepter que l’apprentissage moteur ne se fait pas grâce à 2 ou 3 répétitions, que se soit pour le cheval ou le cavalier. Il faut répéter la tâche de manière prolongée et la stabiliser ; ce qui pose un problème épineux pour le cavalier qui a besoin de s’entrainer et doit répéter des dizaines de fois pour automatiser son geste mais qui est tributaire de son cheval qui lui, a une autonomie limitée dans la répétition et va se lasser rapidement si on insiste trop longtemps sur les mêmes exercices.


La solution est donc de savoir varier dans les différents apprentissages pour ne pas excéder son cheval et on pourra ainsi avoir son compte de répétitions dans la durée sans entamer la bonne volonté de son cheval qui lui aussi a besoin de temps de maturation pour acquérir ses propres habiletés.



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