Hélène Richard Forgin : French Touch à Wellington

Championne de France Cycles Libres en 2007 et 2008, Championne de France Amateur 1 en 2009, Hélène Richard Forgin prenait aussi en 2011 la 3 ème place du Championnat de France Petit Tour avec Weltmunder. Après un Master de comptabilité, d'importants problèmes de santé lui faisaient décider de s'installer en Floride et d'y développer sa propre activité de commerce de chevaux de dressage : HRFdressage. Rencontre.




Comment êtes vous arrivée en Floride ?


Mon mari Maxime et moi travaillons sur ce projet depuis plusieurs années. Ayant goûté jeune aux voyages, il a toujours voulu retourner vivre aux USA. De mon côté, ce choix de vie était initialement moins dans mes projets. Avec un master en comptabilité, j'étais destinée à l'expertise comptable en France. Malheureusement, en 2008, à 22 ans, j'ai eu des soucis de santé assez graves, une hémorragie cérébrale, qui m'ont fait prendre conscience très jeune que la vie peut basculer du jour au lendemain. Je suis donc revenue sur mes plans de carrière à ce moment là. Les chevaux et le dressage étaient toute ma vie finalement, alors, je me suis lancée dans leur commerce. En 2012, nous sommes partis vivre un an à Ocala, proche d'Orlando. J'ai alors vendu sur place Weltwunder, un hanovrien de 11 ans, acheté à 3 ans, avec qui j'avais remporté 2 titres de champion de France dans les jeunes chevaux et fini 3 nème du Championnat de France Pro 2 en 2011 avec quelques participations en CDI comme Malines en Belgique. Je suis aussi tombée à ce moment là complètement amoureuse de la Floride. Nous avons malheureusement dû rentrer en France pour des soucis administratifs mais l'envie de repartir est depuis restée présente. Ce projet de Floride me permet aujourd'hui de conjuguer opportunités professionnelles et épanouissement personnel. Après des années de procédure pour l'obtention de nos visas, nous sommes enfin installés à Wellington depuis septembre 2019.


Quelles y sont aujourd'hui vos activités ?


Essentiellement du commerce de chevaux de dressage. J'achète des chevaux de dressage en Europe. Je les importe en Floride. Mon mari a la certification pour voyager avec eux en Cargo. Je les entraine pendant plusieurs mois et souvent plusieurs années en vue d'une revente (dans une bonne famille, aspect très important pour moi). Je ne fais pas de la quantité. J'ai à travailler seulement un ou deux chevaux à la fois. Maxime et moi en sommes propriétaires à 100%. Je gère mon activité de manière très familiale. Je m'en occupe entièrement. J'aime prendre le temps de bien connaître mes chevaux sous tous leurs aspects, pas seulement techniquement montés mais aussi connaître leur routine idéale, leur alimentation optimale, leur personnalité, leurs réactions à la tonte, au maréchal, en extérieur par exemples. L'arrivée de chaque cheval est un nouveau challenge excitant. J'aime beaucoup les acheter. Par contre, les vendre est toujours pour moi un vrai déchirement.


Quelles différences notez vous dans l'approche de la discipline ?


Je trouve l'approche de la discipline ici très cadrée, sûrement due au système juridique et médical américain. Il faut savoir que les américains sont très procéduriers. Avant même de mettre le pied à l'étrier, nombreux sont ceux à s'assurer que vous ayez bien signé une lettre de décharge en cas de chute, évitant à la structure d'accueil d'être poursuivie en cas d'accident et de frais médicaux. Cette décharge est à signer pour pouvoir monter son propre cheval ou dans le cadre d'essais de chevaux. Les USA ne disposant pas d'une sécurité sociale identique à la France, les frais médicaux peuvent coûter très très chers et les américains se bordent donc juridiquement à ce niveau là. Cette angoisse juridique et médicale est je trouve omniprésente au quotidien aux USA. D'un point de vue technique en dressage, ils aiment énormément être dans le contrôle, parfois même dans la retenue, même s'il s'agit d'un 4 ans. J'ai le sentiment que beaucoup de cavaliers ont peur à cheval et que la prise de risques est minimale. Ils choisissent globalement des chevaux "safe", pratiques, pas regardants et confortables. Cela ne veut pas dire que ce sont des mauvais cavaliers ou des mauvais chevaux. Je trouve que dans l'approche, en Europe, les chevaux notamment de 3 à 6 ans sont davantage mis en avant, avant de leur demander de rassembler. Ils travaillent aussi vraiment beaucoup à pieds aux longues rênes.


Quels sont selon vous les points faibles et les points forts du dressage français, comparé au dressage américain ?


Selon moi, Le dressage français a un atout majeur qui est celui de la proximité géographique avec les meilleures compétences mondiales (entraineurs, éleveurs, vétérinaires, maréchaux...) J'ai rencontré beaucoup de cavaliers à Wellington qui sont venus pour la saison essentiellement pour s'entrainer car ils ne trouvent pas d'entraîneurs dans la région où ils habitent. Ils savent que pour la saison, de nombreux entraineurs européens et américains seront sur place. De plus, Certains américains sont souvent obligés de faire voyager leurs chevaux par avion entre États. Les distances à parcourir aux USA peuvent s'avérer énormes et la logistique contraignante. Par contre, il est vrai que le dressage américain bénéficie de moyens financiers nettement supérieurs à ceux du dressage français, ce qui facilite évidemment beaucoup de choses notamment l'accès à des infrastructures luxueuses adaptées dans les moindres détails et à du matériel haut de gamme, la présence quotidienne de nombreux grooms sans oublier l'achat de chevaux de très bonne qualité. C'est ce dernier point qui m'a le plus interpellé. Regarder des détentes de compétitions nationales et y voir de très nombreuses belles combinaisons. Cette partie financière est malheureusement je pense le plus gros point faible du dressage français. On aimerait en France avoir des activités équestres plus prospères, pouvoir garder nos chevaux de Grand Prix pour le haut niveau, avoir moins de charges sur le personnel pour mieux payer les employés et ne pas être en sous effectif ou encore avoir le soutien de sponsors.


L'argent, le sponsoring, le mécénat, sont-ils les seules clés du développement et de la réussite sportive du dressage américain ?


Les seules clés, non je ne pense pas. Le talent par exemple ne s'achète pas mais je pense que cette partie financière dynamise beaucoup oui l'évolution sportive du dressage américain. On sait tous que d'avoir des chevaux coûte cher et que l'argent reste indispensable dans cette discipline.


Peut-on selon vous aujourd'hui considérer qu'il existe une équitation américaine de dressage comme il y a une équitation britannique, allemande ou hollandaise ?


Je ne vois pas encore pour ma part de traits particuliers communs à plusieurs cavaliers américains qui pourraient caractériser une équitation américaine. J'ai le sentiment que les américains s'inspirent beaucoup des connaissances européennes. Les meilleurs dresseurs américains sont bien souvent entourés d'entraîneurs ayant des bases techniques européennes, si eux mêmes ne sont pas allés directement en Europe se former. Donc selon moi, pas encore mais peut-être que cela le deviendra à l'avenir.


Comment définiriez vous le marché américain du cheval de dressage ?


Je dirais qu'il est très concurrentiel, en tout cas à Wellington. De nombreux professionnels sont déjà présents. Pour des personnes sérieuses, il y a malgré tout la possibilité de faire de bonnes ventes, au juste prix. Les américains sont par contre très exigeants sur l'achat de leurs chevaux et méfiants sur d'éventuels vices cachés. Ils sont aussi maintenant très informés sur la valeur des chevaux sur le marché et sont devenus très regardants sur la rémunération des intermédiaires par exemple. Les visites vétérinaires sont très étudiées et poussées.


Le dressage français a-t-il des opportunités à saisir sur le marché américain ?


Oui je le pense. Je ne les connais pas encore toutes. Comme partout, il y a un marché pour les jeunes chevaux et un marché pour les 6-10 ans (le plus convoité où l'on vend un potentiel). A partir de 11 ans, les chevaux sont ici considérés comme des "schoolmasters" (maître d'école), ce qui peut avoir parfois une connotation négative. Je ne suis pas d'accord avec cette position mais le marché est comme ça. Un cheval de 11 ans a pour moi en principe de bonnes années devant lui à être compétiteur. Je trouve aujourd'hui qu'ils sont moins friands des schoolmasters comme ils disent qu'auparavant. Ils aiment aujourd'hui davantage acheter un potentiel. Il y a aussi notamment beaucoup d'amateurs qui possèdent ici des PRE ou des lusitaniens. Je pense que ces chevaux sont faciles pour eux, avec un bon mental pratique. Ils piaffent assez jeunes et changent de pied facilement. Il y a donc sûrement un marché à ce niveau là.

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