Face au Covid 19 : 5 dresseuses au cœur de la crise

Elles sont médecin urgentiste, psychologue, infirmières. Elles sont aussi cavalières amateur ou de compétition, éleveuses. Au cœur de la crise du Covid 19, rencontre avec 5 dresseuses, 5 passionnées au service de notre santé.



" n'être pour vous qu'une rencontre fugace, idéalement jamais renouvelée, pour vous laisser vivre "


Cavalière amateur, entre deux gardes de médecin urgentiste en Bretagne, EB tente de réaliser, avec ses 2 poulinières, son projet d'élevage à taille humaine.



"Dépassés, surpassés, impuissants, essoufflés, apeurés, acculés, confinés, déconfits, déconstruits, moi médecin urgentiste, vous ne m'êtes redevables de rien. Mon engagement envers vous n'est pas de recevoir quelque chose en retour. C'est de n'être pour vous qu'une rencontre fugace, idéalement jamais renouvelée, pour vous laisser vivre. Pas sous la forme d'une bonne tension ou d'un teint bien rose, mais bien pour au mieux vous remettre sur le chemin de votre vie, de la poursuite de votre accomplissement auprès de vos proches et de vos chers. Même ça, aucun médecin ne peut le faire sans vous, croyez moi, je l'ai vu et ce sont mes anciens patients qui m'ont donné cette grande leçon. Aujourd'hui, prenez conscience que c'est vous tous qui êtes aussi des soignants. C'est vous que vous devez applaudir, encourager et soutenir. Aujourd'hui il ne faut tout simplement plus de malades et vous avez le pouvoir de ne pas être infectés, affectés et de protéger aussi vos proches. Vous avez le pouvoir de vous garder ensemble sains et saufs, en restant chez vous, en rompant cette chaîne meurtrière. C'est à nous aujourd'hui, qui que nous sommes, de choisir notre avenir, de construire une nouvelle vie, de réfléchir et d'avancer en restant chez nous. C'est comme ça qu'a la fin.... on gagne ".

" devant le nombre croissant de besoins, de demandes, l’ampleur des répercussions à long terme que nous ne pouvons qu’imaginer, allons-nous pouvoir répondre dans l’état actuel de nos moyens ? "


Elle aussi cavalière, FC a mis sa préparation personnelle pour le Saint Georges entre le parenthèses, et confié son cheval à son entraîneur. Maître de conférences et psychologue, elle consacre désormais ses journées au soutien, à l'accompagnement des soignants et les aide à faire face aux angoisses d'un quotidien devenu harassant.



"Je suis psychologue clinicienne dans un hôpital de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris où je mène une activité de consultation transversale sur tous les services ainsi que dans un centre de lutte contre le cancer où je travaille auprès d’enfants malades et de leurs familles. Aujourd’hui, ce qui domine notre activité c’est le dépassement : dépassement de soi certes salué par les autorités mais qui me semble être notre travail quotidien invisible à leurs yeux habituellement, voire bafoué parfois, qui se voit brutalement révélé dans ses dimensions nécessaires par cette crise… Dépassement aussi de nos moyens techniques, humains, dont la pauvreté est mise en avant tout aussi brutalement, nous forçant à constater où nous en sommes… Alors merci à vous tous qui restez chez vous pour éviter que nous soyons trop submergés par la vague de patients et nous permettre de répondre aux besoins dans les meilleures conditions possibles.Quotidiennement, en tant que soignante de seconde ligne, et parfois de première pour certains collègues « psys », c’est ce sentiment de devoir s’ajuster qui domine… Celui de devoir comme tous mes collègues réinventer mon travail : passer d’un travail auprès des proches et des patients à un travail auprès des soignants qui s’occupent de ces derniers quand ils sont touchés par le COVID-19, leur proposer des interventions pour les guider dans des taches relationnelles pour lesquelles ils ne sont pas toujours formés car ils ont dû rejoindre et renforcer les rangs des services de réanimations, de soins palliatifs etc, les soutenir face aux angoisses que génère leur quotidien alors qu’ils n’ont pas le temps de se poser pour penser leur travail, tenter de prévenir les conséquences pour eux de ce travail harassant, en espérant pouvoir ensuite honorer ces propositions de soutien dans la durée car ce travail sera de longue haleine et les moyens déjà pauvres risquent de s’user… Réinventer mon travail auprès de mes patients et de leurs proches, qui sont séparés quand ils sont hospitalisés car les visites sont extrêmement limitées, leur rappeler que leurs besoins quand ils sont atteints d’une autre pathologie que le coronavirus comptent, et que nous ferons tout pour y répondre. Ces taches ne sont évidemment pas inhabituelles, nous y sommes formés, rompus par notre clinique, et armés pour y faire face… Mais la crainte qui nous habite est la suivante : devant le nombre croissant de besoins, de demandes, l’ampleur des répercussions à long terme que nous ne pouvons qu’imaginer, allons-nous pouvoir répondre dans l’état actuel de nos moyens ? Alors vous qui restez chez vous et qui peut-être applaudissez les soignants, pensez aux efforts que vous faites chaque jour pour endiguer cette épidémie, car c’est grâce à vous que nous continuerons ces soins de qualité sans devoir décider que certains besoins sont secondaires et que nous pourrons encore croire à l’hôpital que nous aimons : humain, centré sur le soin des patients et de leurs proches et non pas dominé par le rendement et la croissance qui en feront en animal en voie de disparition."

"Ce n'est pas une fumisterie, les gens meurent vraiment"


Cavalière amateur de dressage, passionnée de jeunes chevaux et infirmière aux urgences, AB a quitté son service habituel pour rejoindre depuis quelques jours, sur réquisition, une unité de réanimation dédiée au coronavirus.



"Les cas de Covid 19 sont tous extrêmement lourds. Il ne faut pas croire que cette maladie ne touche que les personnes âgées, car c'est faux. Aujourd'hui, dans mon service, le patient le plus âgé à moins de 70 ans et cette semaine, nous avons perdu un patient de 50 ans, sans problème de santé particuliers. Le programme opératoire de l’hôpital a été drastiquement réduit et se résume aux urgences pour anticiper les pires schémas d'arrivée de patients. Tous les 2h, les malades doivent être mobilisés pour éviter notamment les escarres, si leur état le permet, même s'ils doivent être ventralisés 16h par jour. La majorité sont d'ailleurs plongés dans le coma et nécessitent de lourdes thérapie. Ce n'est pas une fumisterie, les gens meurent vraiment. Ce sont des cas de réanimation particulièrement complexes et dont on découvre l'évolution chaque jour."


"Hécatombe chez les soignants, 4 arrêts, mais on va s’en sortir comme toujours, car nous sommes là pour ça, en première ligne"


Pour BJ aussi le quotidien est bouleversé. Infirmière, nombreux sont ses collègues testés positifs et ses patients en suspicion de Covid 19. Alors que chaque jour elle craint d'être contaminée ou de contaminer ses proches, elle est, comme tous les cavaliers, privée de sa bouffée d'oxygène.



"Je suis infirmière en région Tourangelle, dans un hôpital local, en service de psychiatrie. Notre quotidien, celui des patients et des soignants, a déjà bien changé depuis le début de cette pandémie, et j’ai bien peur que ce ne soit que le début. Lors de notre prise de poste, tenue complète obligatoire, alors que nous ne portions qu’une simple blouse avant, et masques pour tous. Nous avons de la « chance », pour le moment nous en avons. Mais jusqu’à quand … ? Nous ressentons l’effervescence du service, l’anxiété des patients, mais également celle des soignants. C’est une véritable ruche, je vois mes collègues masqués passer à toute vitesse devant le bureau infirmier un thermomètre à la main « je n’ai pas vu Mr X pour la prise de la température !! », « J’appelle le médecin Mme Y est à 39° ! », « Vite, viens m’aider Mr Z est en train de fuguer ». « Melle W tousse, qu'est ce que l'on fait ? On attend le médecin ? », « H vient d’appeler elle est positive, elle ne viendra pas travailler demain, elle est arrêtée pour 15 jours ». Énormément de questions dans un service déjà sous tension, où en cette période un rhume, une angine, ou une toux deviennent une psychose. Et où des patients déjà angoissés, persécutés du fait de leurs pathologies, s’inquiètent de nous voir tourbillonner ainsi tout de blanc vêtus et masqués. Les journées se déroulent ainsi, confinés dans leurs chambres pour certains, à distance d’un mètre les uns des autres pour ceux pouvant circuler dans le service, avec le stress, le stress de voir ce virus intégrer l’établissement. Mais ça y est, il y est entré depuis ce weekend. Hécatombe chez les soignants, 4 arrêts, mais on va s’en sortir comme toujours, car nous sommes là pour ça, en première ligne. Mais les dommages collatéraux seront nombreux lorsque cette crise sanitaire sera terminée.

Et puis, je rentre chez moi, encore des questions plein la tête. Suis-je porteuse saine ? Puis-je contaminer mes collègues ? Les patients ? Est ce que mes collègues auraient pu me contaminer ? Est ce qu’un patient est porteur et nous l’ignorons ? Est ce que je ne ramène pas ce virus chez moi ? Quels sont les risques pour ma famille ? J’aimerai m’aérer l’esprit, ne plus y penser une fois chez moi, mais je n’y arrive guère.


Je pense bien évidemment à mon cheval, ma bouffée d’oxygène, qui lui aussi est confiné dans son écurie fermée au public. 20 jours que je ne l’ai pas vu. 20 longs jours qui me paraissent une éternité… Comment réussir à se ressourcer dans ce climat, loin de lui. Lui qui m’apporte un réconfort certain après une dure journée de travail. Un petit hennissement à mon arrivée, un bisou sur les naseaux, une balade au soleil, une séance de travail, un câlin. J’en ressors regonflée, prête pour le lendemain. Mais cela n’est plus possible, pourtant j’en aurai grand besoin en cette période.


Alors je n’ai qu’un seul message à faire passer : RESTEZ CHEZ VOUS, ainsi vous permettez en empêchant ce virus de se répandre, de sauver des vies. Celles de nos patients, de nos collègues, de votre famille et de vos proches. Mais également de retrouver nos chevaux le plus vite possible.


Le Covid-19, mon meilleur ennemi qui ne nous laisse jamais tranquille. "


"cette petite inquiétude qui perdure à chaque nouveau patient sur la table : est-ce qu’il est Covid 19 ou pas ?"


Cavalière de dressage amateur, c'est en compagnie de son lusitanien que VG se vide la tête après sa journée d'infirmière au bloc opératoire.



"Je suis infirmière au bloc opératoire en clinique. Les programmes d’interventions chirurgicales ont été fortement diminués pour ne faire que les urgences et celles qui ne peuvent pas être reprogrammées. J’ai la chance d’être encore bien équipée pour le moment mais avec cette petite inquiétude qui perdure à chaque nouveau patient sur la table « est-ce qu’il est covid 19 ou pas » et puis j’oublie vite pour me concentrer sur mon métier que je fais avec passion depuis 15 ans et où j’ai le plaisir de me sentir utile, particulièrement en ce moment. Nous avons réservé une partie de la salle de réveil pour la transformer en réanimation soins intensifs si nous devons soulager nos collèges du CHU où d’autres régions et là, le stress sera au rendez-vous, en attendant RESTEZ CHEZ VOUS et merci à tous ceux qui respectent le confinement. La période est d’autant plus dure moralement que mon cheval, qui est ma bouée d’oxygène en sortant du travail, est confiné dans son écurie. Je ne peux pas le monter ni même le voir et je me suis faite à l’idée que la saison de concours de dressage est morte mais je tiens moralement et physiquement (la reprise va être douloureuse, un peu de rire fait partie des journées) grâce aux propriétaires de l’écurie qui m’envoient des photos et vidéos de lui quotidiennement au pré ou au travail et je les en remercie énormément."




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